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logo ARTICLE 351Prise en charge des PVVIH/sida : Les acteurs communautaires sont inquiets

Posté le lundi 20 mai 2013

Entre 2011 et 2012, de nombreux dysfonctionnements avaient été décelés dans la délivrance des services aux personnes vivant avec le VIH. Impossibilité de mettre de nouvelles personnes sous traitement ARV, ruptures fréquentes de réactifs de laboratoire, pannes des appareils d’analyse... la situation était très alarmante. Un an après, peut-on dire qu’elle est redevenue normale ?

Un premier cas, puis un second, d’autres qui s’accumulent à Ouahigouya, Fada, Niangoloko, Bobo, Ouagadougou..., c’est toutes les files actives du pays qui étaient concernées par la situation de « tension » des Antirétroviraux (ARV) entre mars 2011 et juin 2012. Le circuit de distribution des médicaments au Burkina Faso était grippé. Il souffrait régulièrement de dysfonctionnements qui entrainaient des ruptures d’approvisionnement en médicaments et réactifs de laboratoire.

Les premiers à identifier le problème, ce sont les personnes vivant avec le VIH qui ont subi les effets de ces ruptures de stocks ; des ruptures ayant provoqué des interruptions de nouvelles inclusions et même de traitement. « Au début, on croyait que c’était passager, mais au fil des mois, il fallait se rendre à l’évidence que c’est une véritable catastrophe que nous étions en train de vivre. Partout dans les provinces, on nous signalait des problèmes. », se souvient Mamadou Sawadogo, coordonnateur du Réseau national des associations de personnes vivant avec le VIH (REGIPIV-BF). Regroupant quatre vingt- quatre (84) associations disséminées dans quarante-deux (42) provinces, le REGIPIV-BF a sonné le tocsin avec d’autres organisations pour monter au front. Avec le concours de la presse, les pouvoirs publics sont interpellés, mais ils peinent à réagir. Les autres acteurs de la lutte contre le sida, notamment les bailleurs de fonds, estiment, quant à eux, que c’est un « problème domestique ». Au début, ils ne souhaitaient pas s’immiscer avant de se raviser pour prendre le leadership de la mobilisation de fonds. Ils ont compris que le problème était loin d’être du seul ressort des nationaux. Interpellé à son tour, le chef de l’Etat, en sa qualité de président du Comité national de lutte contre le sida, convoque une rencontre de « vérité » entre les différents acteurs. Le diagnostic dressé met en cause le système national de programmation des besoins. Il s’est livré à une sous évaluation des besoins doublée d’un manque criard d’anticipation des commandes. Ce diagnostic ne satisfait pas entièrement certains bailleurs dont le Fonds mondial. Ils soupçonnent certains acteurs de se livrer à des détournements de fonds et de matériels destinés à la prise en charge des malades. Des mesures fortes sont prises de part et d’autres.

Création d’un comité de suivi

Au niveau national, des changements ont été opérés. La Direction générale des médicaments, de pharmacie et de laboratoire (DGMPL), longtemps mise à l’écart, est introduite dans le système pour résorber le problème de planification des besoins. En attendant de renouer avec l’argent du Fonds mondial, l’Etat burkinabè a débloqué la somme d’un milliard pour parer aux urgences. Concernant le dialogue social, la pression des acteurs communautaires a conduit à la mise en place d’un comité de réflexion et d’anticipation sur les questions liées au VIH/Sida. « La crise a permis de mettre sur la même table de discussion les politiques et les acteurs communautaires. Ce qui n’était pas habituel. Nous avons mis l’Etat devant ses responsabilités car, pour nous, la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/sida ne devrait pas dépendre uniquement de la contribution des bailleurs extérieurs. », soutient le coordonnateur du REGIPIV-BF. L’Etat a consenti de budgétiser huit milliards FCFA dont 80% iraient à l’achat des intrants pour l’année 2013. Selon différentes sources, on ne devrait pas connaitre de tension cette année. L’argent est disponible pour les commandes de médicaments. Mais l’optimisme est partiel chez certains acteurs.

Le comité de suivi peine à fonctionner et des questions importantes comme l’approvisionnement en médicaments contre des infections opportunistes, l’achat des réactifs de laboratoire et les pannes récurrentes des appareils des CMA publics restent en suspens. Or, une prise en charge adéquate des malades dépend beaucoup de ces questions. Nous avons pu constater qu’en mi-mars, il était impossible de faire l’examen initial de CD4 au niveau du CMA de Pissy. C’est la plus grande file active du pays avec plus de dix milles (10 000) personnes vivant avec le VIH suivies en théorie. Dans les autres files actives, les malades déplorent souvent les ruptures de réactifs de laboratoire. Ce qui les oblige à recourir aux laboratoires privés dont les prix sont exorbitants.

Le coût des examens biologiques, un obstacle à la prise en charge

C’est surtout le coût des examens qui fatigue les malades et provoque des perdus de vue. « La majorité des malades manquent de moyens pour faire les examens biologiques. Le service de l’action sociale est également démuni pour les aider. On assiste souvent à des cas dramatiques où, par manque d’argent, des patients interrompent le traitement. Ils ne se présentent plus à nos services. », confie Souleymane Bancé, agent psychosocial au CMA de Pissy. Lui comme d’autres agents plaident pour la gratuité des examens. « Cela va soulager beaucoup de malades qui manquent souvent du minimum pour se nourrir, à fortiori payer leurs examens. », déclare-t-il. Simon Kaboré, directeur exécutif par intérim du Réseau accès aux médicaments essentiels (RAME) reconnait que c’est un combat qui reste à gagner après celui de la gratuité des ARV. « Nous avons interpellé le président du Faso sur la question car, son annonce initiale en 2009 stipulait noir sur blanc la gratuité de la prise en charge du traitement contre le VIH/sida. Pour nous, les examens biologiques font partie de la prise en charge, donc ils devraient être gratuits comme les médicaments. Nous lui avons posé la question lors d’une session du CNLS et il a laissé entendre qu’il s’agit uniquement des ARV. Mais nous n’étions pas satisfaits. Il doit aller au-delà pour subventionner entièrement les examens des malades du sida. », insiste le responsable du RAME. Le Burkina Faso compte plus de soixante quatorze mille neuf cent quarante trois (74.943) séropositifs enregistrés au 31 décembre 2012 dont trente-huit mille sept cent soixante-six (38.766) sont sous traitement ARV. Parmi ceux-ci, il y a des milliers de perdus de vue. Les causes de l’abandon du traitement sont de divers ordres, mais la plus récurrente reste le manque de moyens financiers pour satisfaire aux examens biologiques exigés pour adapter régulièrement les traitements. Dans les associations, c’est un souci majeur. « Nous avons toujours demandé une prise en charge des examens biologiques. Comment voulez-vous que quelqu’un qui a du mal à joindre les deux bouts puissent débourser plus de 5 000 FCFA pour des examens ? Si l’Etat veut vraiment nous aider, c’est au niveau du coût des examens. », plaide Tall, responsable d’une association à Tampouy. Autre tracas vécu par les acteurs communautaires, c’est la raréfaction des ressources pour le fonctionnement de leurs structures. Ils pointent du doigt le Fonds mondial qui, selon certains, agit comme un proconsul.

Le Fonds mondial mis en cause

Les griefs contre le Fonds mondial se multiplient dans tous les milieux. C’est surtout au niveau de la Centrale d’achat des médicaments essentiels et génériques (CAMEG) et des acteurs du monde communautaire qu’ils sont les plus acerbes. Et pour cause, les responsables du Fonds mondial basés à Genève ont profité de la crise de 2011-2012 pour revoir le système d’approvisionnement des intrants et du financement des associations.

La première mesure prise, c’est de démettre le représentant local du Fonds mondial, Dr Wamarou. Un rapport confidentiel des « inspecteurs » du Fonds mondial met en cause la gestion des fonds alloués au pays. Certains responsables dans diverses structures se seraient servis à fond pour construire des villas et acheter des voitures. Détenant des preuves, l’administration du Fonds s’en est servie, selon certaines personnes, comme un chantage pour imposer ses « solutions ».

Ainsi pour les commandes des médicaments, la CAMEG a été dépossédée de toutes ses prérogatives. « La CAMEG est devenue un magasin de transit. », ironise un agent du service achat de la boîte. Le Fonds mondial a mis en place son propre système appelé VPP avec des cabinets qui exécutent le travail de l’appel d’offre à l’approvisionnement dans les centres sanitaires sans impliquer les structures nationales, surtout la Centrale d’achat. Bagnombié Bationo, président du Conseil d’administration du Réseau des associations des jeunes contre le sida (RAJS), dénonce cette façon de procéder. Selon lui, elle rompt avec le principe qui a présidé à la création du Fonds mondial. « L’un des objectifs du Fonds mondial, c’est de renforcer les structures nationales et non les affaiblir. Or, en mettant en place son système de VPP, il s’écarte de cet objectif. Sous le couvert de mauvaise gestion des nationaux, ceux qui gèrent le Fonds mondial profitent également pour enrichir des agences de leurs amis dont le fonctionnement absorbe des milliards normalement destinés à la prise en charge des malades. », déclare le responsable du RAJS.

Il n’hésite pas à parler du néocolonialisme déguisé. « Ce n’est pas parce qu’on reçoit de l’argent du Fonds mondial qu’il doit nous imposer une forme d’organisation et de gestion. Il ne veut pas par exemple que l’argent serve au fonctionnement des structures, mais comment peut-on mettre dans l’indigence les gens et après s’étonner qu’il y ait mauvaise gestion. Or, eux, ils sont grassement payés au Fonds mondial. Ils devraient également consentir à ce que les organisations communautaires aient un minimum pour travailler à atteindre les objectifs recherchés. », explique-t-il. Ce constat est partagé par d’autres leaders communautaires qui pensent que le Fonds mondial n’a pas été conséquent avec lui-même. Simon Kaboré du RAME ne partage pas la nouvelle orientation du Fonds mondial : « Selon moi, il y avait deux solutions : améliorer le système de gestion de la CAMEG s’il s’agit d’insuffisances ou sanctionner les fautifs s’il est question de mauvaise gestion. Or, on constate que le Fonds a opté pour la substitution pure et simple de la CAMEG par d’autres structures qui pompent le financement destiné au pays. Non seulement, il n’y a pas de transfert ou de renforcement de compétences, mais nous perdons aussi une partie de l’argent qui aurait dû servir à prendre en charge les malades. » Du côté du REGIPIV, si globalement, ce point de vue est partagé, néanmoins on pense que la solution réside dans l’autonomisation en matière de financement. « L’avenir des PVVIH/sida dépend de l’importance accrue de l’Etat dans le système de financement de la lutte contre le VIH/sida. Si comme aujourd’hui, les fonds viennent de l’extérieur, il ne faut pas s’étonner de certains désagréments, mais si l’Etat lui-même consacre un effort substantiel à la prise en charge de ses malades, nous serions moins inquiets. », affirme Mamadou Sawadogo. Pour lui, l’avenir est dans l’appropriation du financement par l’Etat et les privés nationaux. Le contexte économique des bailleurs de fonds vient renforcer les inquiétudes des acteurs communautaires. Certains pays comme le Danemark et les Pays-Bas ont drastiquement réduit leur enveloppe financière tout comme des institutions comme le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Abdoulaye Ly

MUTATIONS N° 27 du 15 avril 2013. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact : mutations.bf@gmail.com)

Financement du Fonds mondial : un modèle inspiré du modèle néo-libéral

Désormais, pour obtenir le financement du Fonds mondial, les pays doivent se soumettre aux lois du marché, c’est-à-dire à la concurrence et à l’efficacité. Mais c’est un marché pas totalement ouvert parce qu’il faut y être invité. « L’accès au nouveau financement est sur invitation et concerne un nombre limité de pays. », peut-on lire sur le site web du Fonds. Ce sont les experts du Fonds mondial qui déterminent qui peut participer à l’appel d’offre. Une fois cette étape franchie, ils mettent en concurrence les pays. Le Burkina Faso pourrait ainsi croiser le fer avec le Niger ou le Mali. Chacun devra défendre âprement son projet comme devant le FMI ou la Banque mondiale. Un pays sera choisi pour recevoir les financements ; l’autre renvoyé au prochain round. Le terme sied bien car c’est un véritable combat de boxe. Désormais, le Fonds met l’accent sur l’efficacité et le rendement. Ce nouveau modèle de financement ne plait pas évidemment aux pays africains dont la plupart comptent sur cette manne pour la prise en charge de leurs malades. Les responsables africains ruminent leur colère, laissant aux activistes de la société civile le soin de porter haut la désapprobation. Certains n’osent pas en effet élever la voix, de peur d’être dénoncés. On les tient par des rapports confidentiels mettant en cause leur mauvaise gestion des fonds alloués à la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ce qui laisse libre cour au Fonds de leur imposer son orientation et ses directives. Une transition vers le nouveau modèle de financement est en cours jusqu’en fin 2013. Pour les activistes qui se sont battus pour la création du Fonds lors du sommet d’Abuja en 2001, cette nouvelle orientation est inacceptable. « Le Fonds mondial est devenu un mécanisme financier avec un fonctionnement identique aux banques classiques. Ce n’est pas ce que nous avions défendu au sommet d’Abuja. Ils veulent nous enlever toute initiative pour nous réduire aux simples exécutants de leurs désirs. Les responsables africains doivent avoir le courage de dire non. Il faut que les dirigeants du Fonds acceptent de considérer les Africains comme des partenaires et les respectent comme tel. Si cela n’est pas le cas, il faut savoir désister pour préserver sa dignité. », déclare Bagnombié Bationo du RAJS. Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, souvent appelé « le Fonds mondial », ou en anglais « the Global Fund », est une fondation à but non lucratif créé en janvier 2002 pour financer la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Ces trois maladies causent la mort de plus de 6 millions de personnes chaque année dans le monde. Il a un actif de plus de sept milliards de dollars. Pour son programme 2014-2016, il recherche un financement de 15 milliards de dollars.

AL

Le SIDATHON version burkinabè

Le concept vient de la France. Chaque année, pendant une période donnée, les associations de lutte contre le sida sollicitent la contribution des citoyens. Plusieurs activités de sensibilisation et d’appel à contribution sont organisées. Le clou de la manifestation, c’est la soirée télévisée. C’est au cours de cette nuit que la plupart des contributions sont enregistrées ou annoncées. Ce sont des dizaines de millions d’euros. La somme varie d’une année à l’autre pouvant atteindre une centaine de millions. Le monde communautaire burkinabè essaie depuis quelques années de s’inspirer de cette initiative pour mobiliser des fonds au niveau national pour soulager la détresse de milliers de malades qui manquent de moyens pour se soigner. Pour le moment, la levée de fonds reste très modeste, une dizaine de millions de FCFA. Pour susciter davantage de contributions, le REGIPIV-BF a initié une série de rencontres d’échanges avec les représentants de couches socioprofessionnelles pour garantir la réussite de la campagne. Ainsi, une première rencontre s’est tenue le 11 avril 2013 et a regroupé une trentaine de responsables d’entreprises publiques et privées. Certes, les contributions intérieures au financement de la réponse nationale au VIH/SIDA ont pratiquement doublé, passant de 13,17% en 2010 à 25,25% en 2011, mais elles sont loin du compte. C’est souvent les mêmes personnes qui donnent. C’est la richissime Alizèta Ouédraogo qui avait donné le ton il y a quelques années. Sa contribution s’élevait à des dizaines de millions FCFA. Mais ces dernières années, elle semble essoufflée. Son geste n’aurait pas fait beaucoup d’émule dans le milieu des opérateurs économiques. Elle continue néanmoins de soutenir les PVVIH/sida. Après la crise de 2011- 2012, l’Etat avait annoncé pour 2013, un doublement de son apport, passant de quatre à huit milliards de FCFA. Il avait été décidé que 80% de cette somme devrait servir pour l’achat des intrants (médicaments ARV, réactifs etc.) et une autre partie pour l’appui aux associations. Environ un milliard leur serait alloué pour leurs activités. Mais jusqu’à la fin du premier trimestre 2013, les fonds ne sont pas débloqués. AL

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